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Enquête : salaire minimum pour les jeunes joueurs suisses romands

Dernière mise à jour : 14 juil.

Footballeur, un métier qui fait rêver la plupart des jeunes du monde entier et de Suisse. Un milieu qui rime avec l’argent et la richesse. KMedia a choisi d’enquêter sur les conditions des espoirs suisses romands qui signent leur premier contrat professionnel et qui laissent leur avenir entre les mains des clubs et des agents de joueurs. Atteindre son rêve à tout prix ? C’est la réalité des jeunes footballeurs suisses.
Crédit photo: Swiss Football League

Julien Moret

Ils sont environ 230, voir un peu plus. C’est le nombre de jeunes adultes ou adolescents qui exercent le « métier » de footballeur dans une équipe espoir de Super League. Certains s’entraînent déjà avec la première équipe du club, d’autres naviguent entre les deux teams et une autre partie aspirent tout simplement à rejoindre une fois dans leur carrière « les pros ». Mais tous sont soumis à la même exigence, celle de se comporter comme un joueur établit avec plusieurs années d’expérience. Logé à la même enseigne que les joueurs expérimentés pour les préparer et favoriser leur potentielle future intégration en 1ère équipe, ils ont un rythme d’entrainements effrénés.


Dans cette antichambre des clubs de Super League, on estime que 50% des joueurs disposent d’un contrat non-amateur, soit professionnel. Ce contrat a pour base une rémunération moyenne de CHF 700 pour les joueurs végétant en U21. À cela, s’ajoute différentes primes à la performance et au nombre de minutes disputées avec la première équipe. Selon notre enquête, le montant maximum d’un premier contrat professionnel en Suisse romande serait actuellement de CHF 2'500. Il existe bien entendu une différence de pouvoir financier entre les clubs de première division suisse. À ce titre, le FC Bâle et les Young Boys font office d’ogre alors que la plupart des autres clubs sont globalement au même niveau. La Suisse romande, elle, reste financièrement un peu moins attractive que la Suisse allemande. Ce constat se voit déjà à ce stade de la carrière des jeunes joueurs suisses.


Un bon salaire moyen en Super League

Si le salaire évoqué plus haut peut paraître logique pour des joueurs évoluant dans l’ombre de l’équipe première - et ainsi être assimilé à une situation d’un jeune en place d’apprentissage - il est moins concevable lorsqu’il est signé par un des meilleurs talents du club. Comme c’était le cas pour un international junior parti en Ligue 1 qui percevait alors un salaire brut de CHF 1'000 en Super League. Car oui, il ne faut pas s’y tromper : lorsqu’un talent émerge en Super League sans avoir renégocier son contrat, il se retrouve enfermé dans des clauses contractuelles impossibles à comprendre pour un jeune de son âge. Alors que le salaire moyen d’un joueur de Super League se situe entre CHF 15’000 et CHF 25’000 par mois, certains clubs profitent des talents pour combler la marge déficitaire de leur budget. On le sait, en une saison la carrière d’un jeune joueur de foot peut prendre l’ascenseur. Une situation bénéfique pour le club qui se voit lié contractuellement à son jeune talent sur plusieurs années – et donc sans obligation de revoir les conditions salariales du joueur – et « bloquante » pour les clubs intéressés à obtenir les services du jeune talent en devenir. En position de force, certains font monter les enchères en mettant les barbelés autour du joueur pris en tenailles de la situation. Le versement d’indemnités de formation, mis en place par FIFA durant ces dernières années, était censé éviter ce type de situation. Des frais qui permettent au club formateur d’amortir une partie de son investissement sur son talent. Le montant des frais varie et diffère en fonction de la ligue et du pays dans lequel le joueur est transféré. En règle générale, on estime à CHF 200'000 d’indemnités de formation pour un jeune de 18 ans qui rejoindrait un club de Super League. Le calcul progressif permet d’augmenter le montant rapidement dès cet âge.


Cependant, certains clubs en abusent. Alors que la majeure partie des jeunes du centre de formation ne se verra pas élever au rang de star du championnat, ils cherchent différentes alternatives pour leur permettre de rêver à une carrière le plus longtemps possible. Un rêve parfois brisé par la volonté stricte d’un club qui cherche à tout prix à être rémunéré pour chaque élément de son académie. Qu’en bien même ce même jeune n’a aucun avenir dans son club formateur, qui le dirige clairement vers la sortie. Le club est alors en droit de réclamer des indemnités de formation plusieurs mois après la fin de sa collaboration, et ce dès lors que son ancien pensionnaire du centre de formation signe un contrat non-amateur. Une partie des clubs choisissent l’option de libérer de cette contrainte les jeunes sur lesquels ils ne comptent plus, d’autres absolument pas. Là aussi, la Romandie est moins bon élève.


Le transfert comme seule porte de secours

Il est donc important de pouvoir rebondir avec un bagage solide de formation scolaire afin d’éviter toutes mésaventures. Ici, les clubs suisses sont bien structurés. Le programme de formation préconisé par l’ASF oblige les clubs à pousser et suivre leurs jeunes afin qu’ils suivent une formation en parallèle. Cela complique bien entendu l’explosion sportive du joueur, mais lui assure un avenir en cas d’échec au niveau de sa carrière.


Vous l’aurez compris, la carrière d’un jeune joueur de football en Suisse n’a rien d’un long fleuve tranquille. Les sacrifices et les clauses contractuelles peuvent pousser ces jeunes à ne rêver qu’à un départ de leur club formateur lorsqu’il perce enfin au haut niveau. Un transfert est souvent considéré comme une occasion en or d’effectuer une revalorisation salariale pour le joueur et un retour sur investissement pour l’agent. Car oui, celui-ci joue un rôle considérable dans la carrière de son protégé. Alors qu’il est difficile de vivre de ce métier en Suisse, il est tout simplement impossible d’y vivre sans effectuer de transfert. C’est lors d’un changement de club (voir d’une prolongation de contrat pour les clubs les plus généreux) que le conseiller du joueur va pouvoir essayer faire valoir son droit d’indemnités, qui est de 8 à 10% du contrat du joueur versé au bon vouloir du club. Un sentiment de délivrance et de devoir accompli qu’ils partagent ensemble et qui peut amener des situations à dégénérer.


En effet, certains jeunes n’hésitent plus à aller au clash avec leur club formateur pour forcer leur départ. Une situation vécue par le talentueux joueur de Xamax Franck Surdez, 20 ans, qui a décidé de rejoindre l’équipe U21 du club neuchâtelois pour ne plus faire partie du cadre professionnel. Une façon maladroite de répondre aux volontés financières exigées par le club du président Collet pour autoriser son départ à Lausanne.


C’est tout un système qui marche sur des œufs. Le business modèle d’un club suisse est centré sur son académie et sur la revente des jeunes talents, mais ces mêmes jeunes sont parfois payés au lance pierre. Les yeux pleins d’étoiles, ils sont prêts à tout pour espérer vivre leur rêve.