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Karim Rossi: "Je n'ai jamais craint les nouveaux défis !"

Considéré très jeune comme un grand talent du football suisse, Karim Rossi évolue désormais, après avoir connu plusieurs clubs européens, dans le championnat indonésien. À 28 ans, l’attaquant originaire de Gilly, dans le canton de Vaud, s’est confié à KMedia.
Crédit photo: Dewa United FC

Bastien Feller

Il a débarqué en grande pompe dans son nouveau club et enchaîne les bonnes performances, Karim Rossi est en passe de devenir une des stars du championnat indonésien. Pour KMedia, il est revenu sur ses débuts de footballeur marqués par son départ en Angleterre, son parcours atypique et son arrivée fracassante au Dewa United FC. Interview exclusive.


Tout d’abord, peux-tu te présenter brièvement pour les gens qui ne te connaissent pas.

Je m’appelle Karim Rossi, je suis Suisse et Marocain et j’ai 28 ans. Je joue actuellement en première division indonésienne et je suis là depuis à peu près un mois après avoir réalisé une bonne saison au Luxemburg. Auparavant, j’ai joué en Suisse, à Lugano durant 2 ans, j’ai également été prêté à Schaffhouse. J’ai aussi joué à Chiasso et dans pas mal d’autres clubs en Europe. J’ai eu la chance de pouvoir marquer des buts dans plusieurs pays européens et maintenant je tente ma chance en Asie.


Formé à Lausanne et passé ensuite par les U18 de GC, tu quittes très jeune la Suisse pour poursuivre ta formation, qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

J’ai toujours voulu réaliser mon rêve qui était de pouvoir un jour jouer en Premier League, en Angleterre. Pour moi, cela a toujours été un objectif depuis que j’ai commencé à jouer au foot. Après avoir fait des catégories de jeunes en équipe nationale suisse, jusqu’en moins de 16 ans et moins de 17 ans, j’ai eu une opportunité d’aller à Stoke City depuis Grasshopper et j’y ai signé un contrat de 3 ans. J’ai donc plus ou moins réalisé mon rêve mais cela a été plus dur que ce que j’aurais pensé.


Que peux-tu nous dire sur la formation en Angleterre, quelles différences as-tu pu constater entre les deux pays dans lesquels tu as été formé ?

Je suis un grand fan de la formation suisse. Nous avons pu voir beaucoup de bons joueurs sortir ces dernières années. Nous avons de bonnes infrastructures et je tire mon chapeau à tous ceux qui participent à cela. Par rapport à l’Angleterre, la différence se fait dans les opportunités que les jeunes joueurs ont pour faire le saut en première équipe. En Premier League, il y a beaucoup d’argent, les jeunes reçoivent donc moins d’opportunités et c’est ce qui va les pousser à se faire prêter, comme j’ai pu en faire les frais. J’ai été prêté plusieurs fois, dans des ligues inférieures et dans d’autres pays pour engendrer de l’expérience. Donc oui, il y a un gros pas entre la formation et le fait de pouvoir jouer en Premier League. C’est ce fossé qui fait que les jeunes joueurs ont du mal à se développer, mais je pense que depuis quelques années cela se passe mieux en Angleterre.


Tu as donc pu passer 4 ans en Angleterre au sein de 2 clubs évoluant en Premier League, comment as-tu vécu cette expérience et qu’est-ce qui t’a manqué pour t’imposer à Hull ou Stoke à ton avis ?

Cette expérience a été pour moi incroyable. J’ai pu réaliser mon rêve et j’ai appris beaucoup de choses malgré le fait que je n’ai pas pu faire d’apparition en première équipe. J’ai tout de même pu m’entrainer tous les jours avec des joueurs de très grandes. Il y a eu, par exemple, Xherdan Shaqiri, Bojan Krkic, Hatem Ben Arfa, Marko Arnautovic et notamment Michael Owen qui était en fin de carrière. Quand tu as 17-18-19 ans, tu te dis quand même « Wahou », c’est incroyable de se retrouver sur le terrain avec des joueurs de ce calibre. J’ai également pu voir pleins de choses. Quant au fait que je n’ai pas pu m’imposer, je pense que les opportunités n’étaient pas énormes. Logiquement, lorsque l’attaquant principal se blesse, il est plus facile pour le club d’aller chercher un autre attaquant déjà confirmé plutôt que de mettre sur le terrain un jeune qui n’a que peu d’expérience. De plus, ces clubs jouaient plutôt le milieu de tableau et cela était d’autant plus compliqué. Cela étant, je n’étais pas forcément prêt.


Avec le recul, penses-tu qu’il aurait été plus simple pour toi de t’imposer à GC ou Lausanne et de rester en Suisse pour poursuivre ta formation ?

Disons que dans le feeling que j’avais, les opportunités pour les jeunes joueurs au Lausanne-Sport étaient très restreintes. Je me rappelle qu’il y a seulement eu Nassim Ben Khalifa qui a eu une opportunité en première équipe. Frédéric Veseli était aussi parti pour l’Angleterre et cela s’était plutôt bien passé, même s’il n’avait pas pu jouer avec Manchester United et Manchester City. Il y avait donc moins de joueurs qui avaient la possibilité de faire des matchs en première division. Ces dernières années, j’ai pu voir que Andi Zeqiri, Cameron Puertas et d’autres jeunes ont eu une chance. À mon époque, quand j’étais au Lausanne-Sport puis à Grasshopper, même si là-bas ils étaient un peu plus connus pour faire sortir des jeunes, c’était plus compliqué que maintenant. Je dirais que pour moi c’était mieux de partir à l’étranger.


La situation dans les deux pays était donc la même, mais il valait mieux être en Angleterre plutôt qu’en Suisse…

Exactement. Et je voyais plutôt cela comme une opportunité difficile à refuser et qui ne se représenterait peut-être pas. Je pensais également, qu’éventuellement, je pourrais toujours revenir en Suisse.


Depuis ton départ du Royaume-Uni, tu as connu 8 clubs et 6 pays différents, tu es un peu le « globe-trotter » suisse du foot, qu’est-ce que tu retiens personnellement et humainement des pays dans lesquels tu as vécu ?

(rires) Tout d’abord de l’expérience. Qui m’aide d’ailleurs beaucoup ici, en Indonésie, par exemple. Car avoir vu tous ces styles de football, de joueurs et de gens différents apportent beaucoup. Il faut vite s’adapter et on apprend aussi beaucoup de choses. La culture en Suisse est différente de la Belgique, de la Hollande, de l’Angleterre, … donc je vois tout cela comme des éléments que je mets dans ma poche et que je pourrais utiliser plus tard. Professionnellement parlant, je dirais que le football d’aujourd’hui n’est plus comme celui du temps ou des joueurs comme Steven Gerrard restait 15 ans dans le même club. Maintenant, c’est du foot-business, les joueurs restent rarement plus de 3-4 ans dans un club et encore plus lorsque tu es attaquant. Si un attaquant marque 5-6 buts sur la saison, le club va aller en chercher un qui en marquera plus. Donc je dirais que le globe-trotter, je le suis devenu par rapport au football d’aujourd’hui et au poste auquel je joue.

Crédit photo: Dewa United FC

D’après toi, qu’est-ce qui a fait que tu n’as pas réussi ou pu t’installer durablement dans un projet ?

Disons que cela ne me dérange pas de signer des contrats d’un ou deux ans. Moi, finalement, je suis toujours là, je ne regrette vraiment pas mes choix de carrière. Sans oublier qu’une carrière ce n’est pas facile. Mon parcours se passe comme cela et j’en suis quand même très fier. Après, c’est clair que j’aurais bien voulu trouver un projet dans lequel je serais resté 3-4 ans en signant un long contrat et que cela se passe bien. Mais comme je l’ai dit auparavant, je pense qu’avec le football actuel et le poste auquel je joue, il y a beaucoup de pression. Si tu ne marques pas, on va chercher quelqu’un d’autre. Pourquoi je n’ai pas pu m’installer sur la durée ? Je dirais qu’il me fallait peut-être plus de constance quand j’ai trouvé une certaine forme, comme en Belgique ou en Hollande ou j’ai quand même enchainé quelques buts. Cela aurait pu me permettre de passer un palier et m’inscrire dans la durée. Mais il y a aussi pleins d’autres circonstances qui peuvent affecter les performances comme les changements d’entraineurs, les blessures et cela jouent un grand rôle.


Est-ce qu’il y a un club en particulier ou tu aurais aimé prolonger l’aventure ?

Généralement, en tant que footballeur, on se dit que lorsque cela se passe bien, on est content et on veut que cela continue. En Belgique, même si cela n’a duré que 6 mois, j’aurais beaucoup aimé rester mais, malheureusement, il y a eu des choix qui ont fait que cela n’a pas été possible. J’y ai marqué 4 buts en 12 matchs, normalement c’est assez pour rester dans un club mais cela ne s’est pas passé. Ce n’était pas mon choix mais celui du club et, aujourd’hui, je pense que lorsqu’un joueur de 20 ans et prêté d’un club anglais et qu’il marque 4 buts en 12 matchs, je pense qu’on le prolonge. Mais bon, ce n’était pas que ma volonté à moi. Je retiens également toujours très positivement mes deux ans en Hollande, à Cambuur. J’ai une très bonne relation avec les gens là-bas, j’ai beaucoup aimé la culture du football et les supporters. J’aurais aimé rester. Après il y a aussi certains choix de club que j’ai fait et qui n’étaient peut-être pas justes à certains moments, je le reconnais. Je retiens surtout ces deux stations là. Au Luxemburg, cela s’est très bien passé aussi. J’y ai gagné une coupe, mon premier titre, mais j’ai reçu une opportunité qui était superbe et me voilà maintenant en Indonésie.


Nous te pensions d’ailleurs bien parti pour continuer à jouer au Luxemburg, au RFCU Luxemburg, club avec lequel tu as remporté le premier titre de ta carrière, mais tu as décidé de changer d’horizon en signant en Indonésie, à l’autre bout du monde. Ton choix s’est-il fait rapidement ?

Au Luxemburg, c’était le premier endroit après la Hollande où j’ai signé un contrat longue durée (3 ans). Je m’y voyais donc dans la durée car le projet était intéressant. Le football se développe au Luxemburg, le club a investi beaucoup d’argent et avait beaucoup d’ambitions. Il voulait finir champion et donc jouer l’Europe. Cela s’est bien passé, j’ai marqué 13 buts et on a réussi à se qualifier pour l’UEFA Conference League. Après, dans ma tête, le choix était aussi d’essayer de me relancer au Luxemburg, ce que j’ai réussi à faire et je voulais donc partir sur une bonne note. Il y a eu cette opportunité en Indonésie, qui est très intéressante sportivement et financièrement, et le club ne m’a pas posé de problème. Je les remercie par rapport à cela, ils ont été très bien avec moi.


Peux-tu nous raconter les coulisses de cet incroyable transfert ?

Je n’ai jamais craint d’essayer de nouveaux défis. J’ai un contact qui me demandaient depuis quelques années si j’étais intéressé à venir en Asie. Mon profil plait sur ce continent étant donné le fait que j’ai joué en Angleterre, que j’ai fait de bonnes stations en Europe, que j’ai marqué des buts dans de bonnes ligues et que je sois encore dans un bon âge. Cela ne m’intéressait pas jusqu’à présent, j’avais certains objectifs en Europe. Après le Luxemburg, j’ai pensé que c’était le bon moment pour venir ici, sur une bonne note comme je l’ai dit. C’est sportivement très intéressant, les stades sont pleins, on me demande des photos dans la rue, c’est quelque chose que je ne vivrais peut-être pas ailleurs, peut-être même pas en première division suisse. Financièrement cela est également intéressant. Nous, les footballeurs, avons une carrière assez courte et il faut penser à assurer ses arrières.


Avec quelles idées et quels objectifs en tête as-tu signé avec le Dewa United FC ?

Tout d’abord de m’ouvrir à un nouveau marché, cela a été la première idée. À court terme, j’espère pouvoir faire une bonne saison sur le plan personnel, pouvoir aider le club à remplir ses objectifs de finir dans la première partie de tableau. Le club a investi beaucoup d’argent grâce à un grand investisseur. Cela a permis de construire un nouveau stade, un nouveau centre d’entrainement. C’est donc un club ambitieux dans un pays émergent. Le football gagne en popularité et je suis content de faire partie de ce projet. Sur le long terme, pourquoi pas rester plusieurs années ici ou faire un retour en Europe. Je ne ferme aucune porte, mais je ne me projette pas plus que cela car, étant donné mon expérience, je sais que de trop se projeter cela n’amène à rien.


Tu as commencé cette nouvelle saison en trombe, avec 3 buts et un assist en 5 matchs, ton adaptation et ton intégration semblent s’être bien déroulées…

Oui, je ne peux pas me plaindre. Je suis très content de comment les choses se passent. Je pense que toutes ces expériences en Europe, même si le football est différent ici, me servent et je dirais que j’ai une qualité d’adaptation assez rapide. D’avoir fait tous ces clubs, cela peut paraitre assez fou, mais finalement cela veut dire que j’arrive quand même à m’adapter et je l’ai fait ici. D’autant plus que ce n’est pas simple, il y a beaucoup de bons joueurs qui ont joué dans de bons championnats en Europe, qui viennent ici et qui n’arrivent pas forcément à faire la différence. C’est difficile. Donc je suis très content de comment les choses se passent et j’espère que cela va continuer dans ce sens-là.

Crédit photo: Dewa United FC

Comment jauges-tu le niveau du football local ?

Alors, pour information, nous n’avons droit qu’à 4 étrangers dont 3 extracommunautaires: brésilien, suisse ou espagnol et 1 asiatique, par exemple libanais, japonais ou saoudien. Le reste, ce sont des joueurs locaux. Leur niveau n’est pas incroyable. Il y a donc une grande pression sur les joueurs étrangers, il faut qu’ils fassent la différence. Ils ont de bons contrats et viennent de bonnes ligues. Quant au niveau du championnat, il est difficile de le comparer à un championnat européen car le football est totalement différent. En Europe, cela est très structuré tactiquement, les équipes sont bien en place, tout le monde sait ce qu’il doit faire. Ici, en Indonésie, c’est plus de 1 contre 1, beaucoup de bagarre pour le ballon, cela va très vite, il y a beaucoup de duels et d’agressivité. Cela me fait penser aux championnats sud-américains qui sont très intenses. Ce n’est en tout cas pas facile du tout car le niveau est bon. J’avais une appréhension de comment allait être le niveau, mais j’ai été surpris en bien. Par les installations aussi, tout est très professionnel. Peut-être qu’en Europe on ne pense pas que cela soit possible en Asie, dans un pays comme l’Indonésie.


Avec ce que tu as pu observer depuis un mois, ressens-tu un réel engouement pour le football en Indonésie ?

Je dirais qu’en Europe, on ne connait pas trop ces championnats asiatiques. Je dis souvent à des gens qui me demandent comment cela se passe ici, qu’il y aussi du football en dehors de l’Europe. Il y a vraiment un engouement incroyable ici autour du foot, les stades sont pleins. Il y a 270 millions d’habitants dans ce pays donc cela fait beaucoup de monde qui aime le foot.


Ton contrat se termine en 2023 (avec une option d’une année), est-ce que tu souhaites t’inscrire dans la durée avec le Dewa United FC ?

L’objectif est déjà de bien faire dans mon club. Nous avons mis une option qui arrange les deux parties. Déjà pour moi pour voir si cela me plait, est-ce que j’arrive à m’adapter, le club aussi. Donc après cette année, si tout se passe bien, je pourrai voir un peu plus clair et c’est cela l’objectif. Mais comme je l’ai dit, je veux faire une bonne saison sur le plan personnel, continuer comme j’ai commencé et ensuite je pense que les portes s’ouvriront comme il se doit.


Concernant le championnat suisse, tu n’as pu jouer que 5 matchs de Super League, avec le FC Lugano lors des saisons 2015-2016 et 2016-2017, espères-tu un jour revenir au pays pour faire gonfler cette statistique ?

Dans le football on ne sait jamais ce qui peut se passer. La preuve, je suis en Indonésie. Je le dis honnêtement, je n’aurais jamais pensé venir jouer ici. Donc pourquoi pas. J’ai été à 2 doigts de revenir en Suisse après le Luxemburg car ce que j’ai fait n’est pas passé inaperçu. Cependant, cela n’a abouti à rien, il n’y a eu que quelques contacts. Je dirais que revenir en Suisse n’est pas un objectif, mais on ne sait pas ce qui peut se passer. Comme je l’ai dit, je ne ferme aucune porte et par la suite on verra ce qu’il se passera. Après, honnêtement, avec les conditions que j’ai ici, que ce soit sportives, météorologiques et financières, je suis content d’être ici. Nous ferons donc le bilan en fin de saison.


Continues-tu d’ailleurs à suivre le championnat helvétique ?

Oui, bien sûr. Je suis « H-24 » football donc je suis pas mal le championnat suisse. J’ai pas mal d’amis qui jouent en Super League et en Challenge League. J’aime m’intéresser au football de chez moi et c’est important d’être à jour.


Un petit pronostic pour cette nouvelle saison…

Je peux déjà te dire que cela ne sera pas Zurich qui sera champion (rires). L’année dernière, ils ont eu un peu de chances, ils étaient en grande forme alors qu’YB et Bâle pas. Ils ont pu profiter de cela et bravo à eux. Pour cette année, par rapport au recrutement et au début du championnat, je dirais que Young Boys va reprendre les reines. Ensuite, je vois bien Bâle, Servette et Lugano pas très loin. Voilà mon pronostic.


Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ?

La santé, la chose la plus importante car si elle est là tout est possible. Ensuite, pleins de buts et que les choses se passent bien.