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Qui sont ces suisses partis tenter leur chance ailleurs ?

Le joueur suisse a une carrière souvent assez stéréotypée. Après quelques belles saisons en professionnel dans son club formateur, il rejoint un gros championnat – souvent la Bundesliga – et tente de s’y imposer. S’il y parvient, une belle carrière peut s’offrir à lui. S’il échoue, il revient en Suisse et tente de retrouver le niveau de ses débuts, parfois avec réussite, parfois non. Les joueurs présentés dans cet article ont choisi un destin différent. Parfois par choix, parfois par manque d’opportunité ou encore par faute de performance, ces joueurs se sont écartés du chemin classique souvent suivi par les joueurs formés en Suisse, pour évoluer aux quatre coins du monde.
Crédit photo: Chugoku Shimbun

Téo

Nassim Ben Khalifa – (Sanfrecce Hiroshima - JAP)

Il y a treize ans de cela, Nassim Ben Khalifa devenait Champion du Monde U17 avec la Suisse. Au sein d’une des plus belles générations de l’histoire du football helvétique, le buteur natif de Prangins, est un élément déterminant de l’équipe suisse: avec quatre buts et un assist durant le tournoi, il finit deuxième meilleur buteur de l’équipe derrière Haris Seferovic (5 buts). Il marque notamment l’unique but d’une victoire 1-0 contre le Brésil de Neymar, pour la dernière journée des phases de poule. À presque dix-huit ans, il fait même partie du cadre élargi d’Ottmar Hitzfeld pour la Coupe du Monde 2010, quelques mois plus tard.

Ces moments, vécus alors qu’il n’était encore qu’un adolescent, marquent l’apogée de la carrière internationale de l’attaquant d’origine tunisienne. En club, des choix discutables et un temps de jeu plus que limité auront raison de sa progression. Formé à Team Vaud, il effectuera sa première saison complète chez les professionnelles du coté de GC. À peine majeur, il inscrit 8 buts et délivre 7 assists en Super League sous le maillot zurichois. Après une seule saison complète en Suisse, il part pour 2.5 millions de franc du coté de Wolfsburg, qui le prêtera dans la foulée à Nuremberg. Dans le club de la région bavaroise, il n’aura que 8 minutes de jeu en Bundesliga (durant lesquelles il délivrera une passe décisive). Après un nouvel échec en prêt du côté d’YB (17 matchs, 2 buts et 1 assist), il retourne à GC. Tout se passe bien mieux pour l’attaquant d’alors encore 20 ans à peine. 57 matchs, 11 buts et 13 assists en deux saisons.


Mais, sa progression est alors freinée par une rupture des ligaments du genou, de laquelle il peinera à revenir à son niveau d’antan. Une année après sa blessure, il quitte le club zurichois et commence son tour d’Europe et du monde. Après des passages difficiles en Turquie et en Belgique, il reviendra dans sa région d’origine, au Lausanne-Sport. À la suite d’une saison réussie (9 buts) durant laquelle il aide le LS a se maintenir dans l’élite du football helvétique, on pense alors que la carrière de Ben Khalifa – seulement 25 ans - est relancée après son transfert à Saint-Gall. Mais il réalise une saison en demi-teinte chez les Brodeurs (5 buts et 3 assists en championnat). S'en suit, un bref retour réussi en Challenge League à GC (19 buts et 6 assists), puis il s’envole pour la Tunisie. Du côté de l’Esperance Tunis, il gagnera deux championnats tunisiens et une Supercoupe de Turquie, qui restent à ce jour ses seuls trophées remportés en club. Depuis avril 2022, il découvre le championnat japonais du coté du Sanfrecce Hiroshima, pas le club qu’on lui aurait prédit alors que le champion du monde 2009, âgé de 30 ans, devrait être dans ses meilleures années.


Dylan Gissi – (CA Banfield - ARG)

Ce nom n’est probablement pas le plus connu des suiveurs du championnat helvétique. Né à Genève, ce défenseur central d’un mètre nonante-trois préformé à Carouge a connu différents centres de formation. Après un petit passage à Bale de ses 13 à 14 ans, il part alors déjà du côté de l’Argentine, le pays d’origine de son père (ancien international argentin aux 7 sélections avec le maillot de l’Albicéleste), à l’Arsenal Fútbol Club. Puis, à 17 ans, il revient en Suisse, dans le centre de formation de Xamax. Le genevois est alors repéré par l’Atlético Madrid. Mais, après seulement une saison dans la capitale espagnole, il n’est pas conservé par le club madrilène. Alors, deuxième voyage en direction de l’Argentine et le Club Estudiantes de La Plata, un pays qui le suivra toute sa carrière.


Il reçoit alors sa première cape avec le maillot national en U20. Ce match contre le Portugal en avril 2012 restera sa seule sortie avec le maillot de la sélection helvétique. Après son seul match professionnel disputé sous le maillot de l’Estudiantes, il rejoint le Club Olimpo, toujours en Argentine. À 22 ans, il connait enfin sa première saison complète dans l’élite du football argentin. Le défenseur central disputera 23 matchs – avec tout de même 3 buts et 2 assists. Après une seule saison pro, il est repéré par Montpellier. À l’été 2014, il décide alors de quitter le pays pour un grand défi, celui de remplacer Vitorino Hilton en Hérault. À seulement 23 ans, le Suisse découvrira alors la Ligue 1, pour ce qui est déjà son 4e pays en carrière.


Mais, tout ne se passera pas comme prévu pour le Genevois chez le Champion de France 2012. En deux saisons sous le maillot du club héraultais, il ne disputera qu’un seul match de championnat et un en Coupe de la Ligue. Alors, en 2016 il décide de retourner en Argentine, pays qu’il ne quittera plus jusqu’à aujourd’hui. Entre 2016 et 2022, Dylan Gissi a connu sept clubs différents. En 7 saisons, il ne dispute que 80 matchs avec ses différents clubs. Aujourd’hui du côté du CA Banfield et âgé de 31 ans, il semble enfin avoir trouvé une place de titulaire (14 matchs disputés sur 15 possibles). Qui sait le défenseur central reviendra peut-être en Suisse un jour ?


Kilian Pagliuca (Chemnitzer FC – GER)

«Il marche sur les traces de Karim Benzema et Alexandre Lacazette !» titraient les médias lyonnais à son arrivée à l’OL. Lors de sa signature à l’Olympique Lyonnais, il était présenté comme la perle rare. Un talent comme il y en a peu. Formé à Meyrin et à Servette, il signe en France à 16 ans seulement. L’attaquant affole tout de suite les compteurs : 15 buts en 16 matchs avec les U17. L’année suivante, il passe directement en U19 et termine meilleur buteur du championnat. Lors de cette saison, il alterne même avec quelques présences avec la réserve lyonnaise en CFA (National 2 aujourd’hui). Il y côtoie un compatriote et un autre genevois, Jérémy Frick.

Le pas dans le monde des adultes est cependant bien plus compliqué. De ses 17 à 19 ans, il dispute 25 matchs avec l’équipe B de l’OL) pour seulement deux petits buts marqués. Alors habitué des équipes espoirs suisses, il décide de revenir au pays, après trois ans et demi passé chez nos voisins.


Si le choix peut surprendre, il peut se comprendre. En revenant en Suisse, et avec son statut de grand espoir, il mise la possibilité de glaner ses premières apparitions en Super League. Il n’en est rien: il passera deux saisons en prêt du côté de Wohlen. Bilan: 28 matchs et 5 buts. Il décide donc de s’envoler pour l’Allemagne, en troisième division. Il y passera deux saisons, entre le Hallescher FC et le Carl Zeiss Léna, pour 37 matchs et 4 buts. 6 mois après la fin de son contrat et un an après son dernier match officiel, il signe, en janvier 2021, en Slovaquie. Après six mois et quatre petits matchs, il décide, en juillet 2021, de retourner en Allemagne. Du coté du Chemnitzer FC (4e division), il retrouve le plaisir de jouer avec régularité : 37 matchs et 11 buts pour sa première saison dans le club allemand. International des M15 au M19, il n’aura malheureusement jamais réussi à s’imposer dans le monde professionnel.


Léo Lacroix - (Western United FC – AUS)

Le 14 novembre 2018, l’imposant défenseur central connaissait sa première sélection avec la Nati, en match amical contre le Qatar. Alors joueur du SV Hambourg, le joueur formé à l’ES Malley semblait enfin avoir retrouvé le niveau qui était le sien du coté du FC Sion. À Tourbillon, Léo Lacroix effectue ses débuts professionnels à 18 ans seulement. Son deuxième match chez les pros se fera pourtant attendre et n’arrivera que 3 ans plus tard. C’est lors de la saison 2014-2015 que le Lausannois brillera. Il confirmera lors de la saison suivante et s’envolera à l’hiver 2018 pour l’AS Saint-Etienne contre 3 Mio, une somme conséquente pour le club sédunois. Lors des 6 premiers mois dans la région lyonnaise, il tiendra les promesses entrevues du coté de Sion. Mais, en juillet 2018, le club décide de prêter son défenseur central au FC Bâle. Sur le papier, le Suisse a tout à y gagner: jouer avec régularité pour se montrer aux yeux de Vladimir Petkovic, qui doit probablement déjà avoir le nom de Lacroix en tête.


Mais, en six mois en Rhénanie, il ne joue que 9 matchs et est prêté dans la foulée en deuxième division allemande, au SV Hambourg. Malgré ces quelques passages ratés en club, c’est le moment choisi par Petkovic pour le faire débuter sous le maillot de la Nati.


Cette cape contre le Qatar marque donc son probablement unique moment avec le maillot national. Il enchaine ensuite une saison lors de laquelle il est relégué en National 2 par son club de l’ASSE, car barré par des joueurs comme William Saliba et Wesley Fofana chez les pros. Entre mai 2019 et janvier 2021, Léo Lacroix ne jouera aucun match professionnel. Après un bref retour au FC Sion où il y jouera 13 matchs en une saison et demie, il rejoindra finalement l’Australie et le Western United FC. En Australie, le Vaudois est enfin redevenu titulaire indiscutable dans un club de football professionnel, dans un club ambitieux qui plus est.


Martin Angha (Al-Adalah FC - SAU)

International helvétique des M15 aux M21, Martin Angha était un habitué du maillot national. Le défenseur central zurichois a un début de carrière étrangement semblable à un certain Johan Djourou. Formé au FC Zurich, il part à 16 ans seulement rejoindre le centre de formation d’Arsenal. En avril 2011, il y signe même son premier contrat professionnel et s’entraine très régulièrement avec le groupe professionnel. Après deux saisons dans les équipes jeunes, il début, à 18 ans, en League Cup, en septembre 2012. À la fin de cette même année, il dispute même ses premières minutes en Ligue des Champions, contre l’Olympiakos. Ce sont là ses seules apparitions sous le maillot des Gunners.


À la fin de la saison, le défenseur central fait un choix qui semble cohérent: partir pour jouer plus. Le club choisi est également intéressant, direction la Bundesliga et le FC Nuremberg. À 19 ans, il parvient à grapiller du temps de jeu et évolue à 15 reprises avec la première équipe. Malheureusement, le club est relégué en 2e Bundesliga. Angha décide de rester et ainsi trouver plus de temps de jeu. Il n’en sera rien: comme lors de la saison précédente, il ne jouera guère plus de 16 matchs de championnat. Alors, il décide de faire ses valises et de revenir en Suisse afin de finalement pouvoir s’imposer dans un onze de départ. Encore un choix cohérent sur le papier, d’autant plus que son nouvel employeur, le FC Saint-Gall compte sur lui. À 21 ans, il trouve de la régularité et joue 29 matchs de Super League. La saison suivante devait être celle de la confirmation, mais le Zurichois sera moins utilisé que la saison précédente, avec seulement 14 titularisations en 36 matchs de championnat. La saison suivante, il ne figure plus dans les plans de Giorgio Contini et n’est plus convoqué.


Alors, comme depuis le début de sa carrière, lorsqu’il ne joue pas; Martin Angha s’en va. Direction le FC Sion, en toute fin de mercato d’été. Mais, pour une fois, le pari ne fonctionne pas. Il joue, mais ne s’impose pas dans la défense sédunoise. Deux ans plus tard et après une grave blessure au ménisque, le Zurichois fait le choix de quitter, à nouveau, la Suisse. À 25 ans, il découvre les Pays-Bas et le Fortuna Sittard. En Eredivisie, Angha trouve de la régularité et de la continuité. Il y dispute 79 matchs en trois belles saisons. Alors, cet été, le joueur formé à Zurich a fait un choix qui peut surprendre – ou non – en signant à l’Al-Adelah, en Arabie Saoudite. À 28 ans, Martin Angha continue sa carrière, hors de l’Europe cette fois, et découvrira ainsi son cinquième pays.