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Racisme, débordements et violences, la Swiss Football League a-t-elle un problème d’autorité ?

Dernière mise à jour : 8 janv.

La première partie de saison de la Super League a été riche en émotions avec un championnat intense et serré. Du beau spectacle sur le terrain et également en tribunes. Mais aussi des incidents racistes, pyrotechniques et violents qui font tâches. Malheureusement, la réponse de la Ligue suisse laisse à désirer.

Si le début de saison 2021/2022 rime avec le retour des supporters et du spectacle en tribunes, il a aussi offert un spectacle beaucoup plus terne avec plusieurs incidents à l'intérieur et à l'extérieur des travées. Le premier cas concerne le gardien suisse d’origine congolaise du FC Sion Timothy Fayulu.


Acte I : cris racistes à Saint-Gall

Le 21 août à Saint-Gall, le portier du FC Sion aurait été la cible de cris et d’injures racistes peu avant la fin du match par les fans adverses. Très remonté, Fayulu va se plaindre auprès de son staff et des arbitres et la partie se termine en bagarre et confusion générale. Ce n’est que plusieurs minutes après le coup d’envoi que l'on comprend ce qui s’est réellement passé en Suisse orientale.


Si tous les joueurs des deux équipes lui affichent un soutien sans faille, la Swiss Football League elle fait le strict minimum. Elle ouvre une procédure pour juger des faits. L’enquête interne ne permettra finalement pas d’établir des conclusions et l’instance classe l’affaire sans suite en novembre. Fayulu n’a d’autre choix que de saisir seul la justice. Ce qu’il choisit de faire et à raison car quelques jours plus tard un prévenu aurait été identifié. Résultat, mauvaise gestion et mauvaise image pour la SFL.


Acte II : insultes sur les réseaux sociaux

Fin novembre, à peine quelques jours après la fin de l’enquête du cas Fayulu, un autre gardien celui du Lausanne-Sport Mory Diaw est victime d’injures racistes. Et c’est à nouveau un fan saint-gallois qui le traite de « singe » dans un message privé sur Instagram. La Ligue de football suisse ne réagit pas, indiquant tout au plus que le cas relève de la justice pénale.

Malheureusement sans suite, la stupidité se propage et donne des idées à un fan bâlois qui le traite de « sale n*gr* ». Là encore, pas d’action si ce n’est une condamnation de la Ligue. Alors oui, les dirigeants du football suisse ne peuvent pas remplacer la loi et il s'agit hélas d'un problème de société, mais elle aurait pu soutenir le joueur et attaquer en justice à ses côtés. Cela aurait été un signal fort.



Acte III : jets d’engins pyrotechniques à Zürich

Mais le racisme n’est pas le seul point d’ombre au tableau. Le 23 octobre, au terme d’un derby fantastique entre le FCZ et GC, une bagarre éclate entre les supporters et des fans du FC Zürich lancent des engins pyrotechniques aux fans adverses. La sanction de la Swiss Football League ? CHF 20'000 d’amende et 2 matchs avec la fermeture de la Südkurve (le bloc d'ultras du FCZ). Malgré la réaction de la SFL, cette peine est largement trop légère. La Ligue aurait dû frapper fort et sanctionner le club de huit clos.


Le Bâlois Kasami touché au visage par un projectile
Acte IV : un jet d’objet sur un Kasami à Berne

Enfin, n’oublions pas le récent cas survenu à Berne lors du match opposant les Young Boys au FC Bâle. Après des curieux reports de match qui n'ont fait qu'alimenter les tensions entre supporters, des fans Bernois jettent un briquet sur le Bâlois Patjim Kasami. Le joueur du FCB est touché et blessé à la tête. Son calme et son sang froid permettent de ne pas enflammer un match déjà électrique. La sanction de la Ligue est lunaire, une amende de CHF 7'000 pour le club de la capitale. Alors que ces débordements sont le fléau de ce sport, la Swiss Football League ne se montre, une nouvelle fois, pas assez ferme.

À force de jouer avec le feu, la SFL pourrait être amenée à gérer de futures problématiques bien plus graves et dommageables comme cela peut être actuellement le cas en France.


Alors oui, la Ligue suisse de football a un problème d’autorité. Ce n’est malheureusement pas en interdisant aux supporters visiteurs d’accéder au stade ou en introduisant des billets nominatifs, ce à quoi la SFL s’oppose, que ce problème sera réglé. La solution se cache peut-être dans la méthode Bernhard Heusler. L'ancien président du FC Bâle avait prôné une communication ouverte et positive avec les ultras du club qui avaient mauvaise réputation afin de les sensibiliser à l'image et à l'impact des actions des différents fans club. Accompagner, entourer et aider les clubs, telle doit être la mission de la Ligue. Une aide et un encadrement qui doit permettre aux clubs d'agir jusqu'en justice s'il le faut. Car le football se doit de protéger ses acteurs pour que le spectacle reste sur le terrain.