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Uli Forte : "À Yverdon, le potentiel est là !"

Dernière mise à jour : 27 mai

Après plus d'une année sans activité, Uli Forte, coach zurichois à succès, a rejoint Yverdon-Sport. Un choix qui en a surpris plus d'un, mais qui porte ses fruits. Rencontre.

Crédit photo : Yverdon-Sport

Assuré de ne pas être relégué et toujours en course en Coupe de Suisse, Yverdon-Sport vit une saison de rêve. Ce succès, le club Vaudois le doit en grande partie à l'ancien entraîneur de Saint-Gall, Grasshopper, Young Boys et Zürich, Uli Forte.


Uli Forte, vous réalisez un très beau parcours avec Yverdon-Sports. Comment s’est passée l’acclimatation et la vie dans le Nord Vaudois ?

L’acclimatation dans le Nord vaudois s’est bien passée. J’y ai trouvé des personnes très sympathiques, avec une mentalité qui me correspond. En Suisse romande, il y a un peu ce côté méditerranéen. Les gens sont très simples dans leur manière de vivre. Ils aiment profiter de la vie.


Quelle est la marge de progression d'Yverdon ? Y-a-t-il un potentiel de développement réaliste d'un point de vue structurel ?

À Yverdon, le potentiel est là. Il y a des gens très compétents derrière ce club, mais aussi très ambitieux. Et je pense que l’ambition est fondamentale dans la vie si l’on souhaite s’améliorer. Le Président M. Di Pietrantonio ainsi que le Directeur M. Degennaro savent où ils vont. Maintenant, oui, la structure doit continuer à grandir si elle entend aller plus haut.


Vous avez vécu deux promotions en Super League, est-ce réalisable avec Yverdon à moyen terme ?

C’est possible. Maintenant, c’est toujours une question d’ambitions. Et finalement de travail. On peut être ambitieux, mais si les efforts ne sont pas réalisés en parallèle de ces ambitions, alors les résultats ne tomberont pas.


"En Coupe, lorsque tu te retrouves en demi-finale, tu as encore plus envie d'aller au bout." Uli Forte affiche ses ambitions en Coupe de Suisse

Quel regard portez-vous sur le niveau actuel de la Challenge League ?

La Challenge League a surtout connu une évolution au niveau technique. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes joueurs, formés dans des grands clubs, y poursuivent leur développement. Donc oui, le niveau de la Challenge League a grimpé ces dernières années. D’ailleurs, si l’on considère notre parcours en Coupe de Suisse, on se rend bien compte que, désormais, des équipes de divisions inférieures ont les moyens de régater.


Quels sont les objectifs du club en cette fin de saison avec la passionnante épopée en Coupe de Suisse ?

L’objectif en championnat est de poursuivre notre progression. Le fait que nous n’avons plus rien à craindre par rapport à la relégation ne doit pas nous faire tomber dans une sorte de léthargie, mais plutôt nous permettre de travailler sereinement mais aussi rigoureusement jusqu’à la fin de saison. En Coupe, chaque équipe veut aller le plus loin possible, c’est normal. Et lorsque que tu te retrouves en demi-finale, tu as encore plus envie d’aller au bout.


Vous êtes restés près d’un an et demi sans club. À quel point c’est compliqué de retrouver un club dans ce milieu ?

Durant cette période, la priorité a été mise sur la naissance de mon fils. Je n’ai durant ce temps pas répondu aux offres reçues, aussi peut-être car celles-ci n’étaient pas toujours très intéressantes. J’ai pris du temps pour moi, pour mon fils, pour ma famille. Maintenant, c’est certain que je me sens comme un privilégié de pouvoir entraîner en Suisse, pour ma passion, là où il n’y a que 20 équipes professionnelles. Il faut penser qu’il y a énormément d’entraîneurs dans le pays sont en possession du diplôme UEFA Pro.


Avez-vous eu d'autres propositions qu'Yverdon à l'époque ? Qu'est-ce qui vous a convaincu de signer ici ?

Il y a eu d’autres contacts, mais c’est véritablement Yverdon Sport qui m’a convaincu. Le discours des Dirigeants m’a vrai plu. Et puis je connaissais déjà très bien le Directeur, M. Degennaro, que je côtoie dans le football suisse depuis 2006.


Vous avez fait éclore de nombreux talents notamment Bürki, Hajrovic, Rüegg, Lang, Mvogo et Zuber. Là encore vous contribuez à l'éclosion du jeune latéral Blum aujourd'hui à YB. Comment voyez-vous sa marge de progression ?

Lewin Blum a énormément progressé durant les six mois où on l’a eu à Yverdon Sport. Il a eu besoin de temps pour s’acclimater au début, ce qui est logique lorsque l’on arrive en provenance de l’Académie d’un grand club. Le monde des grands, le monde professionnel, est toujours un peu différent. Mais nous avons beaucoup parlé, analysé. Lewin est un joueur qui comprend rapidement et qui sait enregistrer les informations. Il a su adapter son jeu sur le terrain et aujourd’hui il mérite cette possibilité d’évoluer en Super League avec son club, YB.


Y-a-t-il d'autres joueurs à fort potentiel au sein de l'effectif d'Yverdon ?

Il y a d’autres jeunes joueurs à grand potentiel. Mais le potentiel ne suffit pas toujours. Seul le travail déterminera finalement la carrière de chacun.


"Avec le FC Zürich, le chapitre a été fermé un peu prématurément alors que l'équipe était troisième du classement."

Le FCZ s’apprête à remporter le titre. Votre éviction n’était-elle pas prématurée ?

À cette époque, Zürich avait aussi l’ambition de remporter le titre. Je suis arrivé dans une dynamique pas forcément optimale, alors que l’équipe était proche de la relégation. Mais nous avons aussi soulevé la Coupe de Suisse, joué l’Europa League. Nous étions parvenus à rétablir le club en Super League. Et puis le chapitre a été fermé un peu prématurément, oui, alors que l’équipe était troisième du classement.


Une de vos particularités est de faire plusieurs stages auprès d'entraîneurs (Favre, Guardiola, Klopp). Que retenez-vous de ces stages ? Avez-vous changé votre approche de travail suite à ça ? Pouvez-vous donner un exemple concret ?

Lorsque je n’étais pas sur un banc, j’ai en effet pris l’habitude de faire des stages. C’est toujours super profitable, car cela te permet d’apprendre énormément auprès de profils un peu différents. Comment les entraîneurs planifient leurs séances ? Comment s’adressent-ils aux joueurs ? J’ai notamment apprécié assister à des séances de Lucien Favre. C’est un entraîneur particulièrement doué dans le travail tactique qu’il propose à ses joueurs sur le terrain.


Votre choix de carrière, en signant à Yverdon, est une parallèle intéressante avec le choix d'un entraîneur que vous avez souvent affronté, Murat Yakin (qui avait signé à Schaffouse). L'avez-vous contacté avant de vous engager en Challenge League ?

Avec Murat Yakin nous sommes régulièrement en contact. Nous avons beaucoup parlé, je lui ai d’ailleurs envoyé mes félicitations après sa nomination à la tête de l’équipe nationale. Nous avons certaines trajectoires communes, c’est vrai. Mais lui est un entraîneur spécial, très compétent, qui mérite d’en être là aujourd’hui.


Comme lui, rêvez-vous un jour d'entraîner une sélection nationale ?

Ce serait un rêve, oui. J’ai eu des contacts avec certaines équipes nationales, mais je pense encore avoir l’énergie pour travailler quotidiennement avec un club, et non une sélection. Sélectionneur, c’est un poste très différent.


Forte a remporté deux fois la Coupe de Suisse

Est-ce vrai que vous avez contacté l’ASF pour le poste de sélectionneur et que vous avez dû envoyer un CV comme tous les candidats à un poste professionnel ?

C’est vrai, même si au final c’est le nom de Murat Yakin qui est ressorti. Le recrutement dans le milieu du football est finalement très proche de celui que l’on retrouve sur le marché du travail. Il y a aussi des processus de recrutement !


Plusieurs fois entraîneur de l’année. Un titre de champion de Suisse pour vous est-ce le rêve ultime ou est-ce un départ dans un club à l’étranger ?

Je pense en fait que l’un et l’autre vont de pair. Si l’on veut partir, nous devons faire du bon travail ici en Suisse. Les derniers entraîneurs à être partis à l’étranger ont remporté le championnat ici avant de s’en aller.


Est-ce plus compliqué pour un entraîneur suisse de se positionner sur le marché international ?

C’est compliqué car le championnat de Suisse n’est pas suivi partout. Pourtant, le marché suisse est très intéressant, composé de joueurs très bien formés mais aussi peu chers pour les autres pays. La visibilité est moins importante que dans certains grands championnats, ce qui implique qu’il est peut-être plus compliqué de se faire un nom, oui.


Dernière question, après avoir entraîné GC, YB et le FC Zürich, doit-on s'attendre à vous voir prochainement sur le banc du FC Bâle pour boucler la boucle ?

Ce n’est pas une fin en soin. Dans le football, il y a peu de logique. Aucune route n’est jamais tracée. Difficile donc à dire sur quel banc je serai assis dans quelques années. Pour l’instant, il s’agit du banc d’Yverdon Sport !